Collectif Formin

Depuis décembre 2018, le collectif FORMIN composé d’enseignant.es et d’étudiant.es propose des cours aux MNA à l’Université de Rouen. Les MNA répartis en trois groupes selon leur niveau scolaire peuvent étudier le français, l’anglais, les mathématiques, etc. six demi journées par semaine, les lundi, mercredi et vendredi. Depuis un an nous avons accueillis plus de deux cent MNA encadrés par quelques dizaines de bénévoles enseignant.es et étudiant.es.

Cela avait pourtant mal commencé : suite à l’évacuation par les forces de l’ordre du squat de La Garenne, un groupe d’étudiant.es a tenté d’occuper un amphithéâtre de la faculté des lettres. Les mineur.es et les étudiant.es ont été délogé.es violemment par la police, provoquant un grand émoi dans la communauté universitaire.

Pour sortir par le haut de ce conflit, des élus syndicaux ont proposé au conseil d’administration qui a suivi l’évacuation de mettre en place des cours à l’Université de Rouen à destination des mineurs isolés et d’organiser une journée d’étude. La Journée d’étude a eu lieu le 13 mars 2019 et a été un réel succès : plus de 100 participants, des témoignages très émouvants des jeunes.

Depuis décembre 2018, nous bénéficions du soutien de l’université qui met à disposition des locaux, finance des tickets de RU et des cartes de bus pour le transport jusqu’au Campus de Mont Saint Aignan. Ce soutien a contribué à ce que les cours puissent reprendre à la rentrée 2019, mais c’est l’investissement dans la durée des bénévoles enseignant.es et étudiant.es qui a permis de continuer. Depuis le 15 novembre 2019, le collectif Formin bénéficie du renfort d’un service civique porté par l’AFEV (Association d’étudiants). Surtout le retour positif des jeunes qui font parfois trois heures de transport pour venir en cours nous aide à surmonter les moments de fatigue ou de découragement. 

En voici un exemple :

“Les cours nous permettent de se rappeler de tout ce qu’on a perdu il y a quelques mois.” DM

Ce qui frappe aussi c’est le nombre de jeunes accueillis : une quarantaine cette année par séance, jusqu’à 75 l’an dernier certains jours, qui montre en creux les carences des institutions qui devraient mettre en œuvre le droit à la formation des MNA.

Concrètement, lorsque les jeunes se signalent à l’ASE, ils doivent d’abord attendre un rendez-vous pour l’évaluation, qui est très souvent négative (y compris parfois pour des enfants de 14 ans !). Il faut alors plusieurs semaines pour que RSM, à l’aide d’un collectif d’avocats, puisse faire appel de la décision auprès d’un juge pour enfants. 

Pendant tout ce temps les jeunes fréquentent nos cours qui leur permettent de reprendre des apprentissages pour ceux qui ont été scolarisés, de commencer les apprentissages de base pour les autres. Quand ils sont enfin pris en charge par l’ASE, il faut attendre encore plusieurs semaines pour avoir un éducateur, donc une possibilité d’être inscrit dans un

établissement scolaire. Les jeunes sont alors laissés livrés à eux-mêmes à l’hôtel. Notre objectif n’est pas de se substituer à des institutions carentes en proposant des cours mais de réduire l’indignité qui leur est faite.

Les bénévoles hébergeant.es ou enseignant.es doivent être volontaristes : c’est un véritable parcours du combattant pour qu’un jeune soit scolarisé, entre en formation, y compris lorsqu’il a moins de 16 ans alors que l’école est obligatoire ! 

L’incurie de l’ASE se ressent particulièrement sur la mise en œuvre du droit à la formation.

Le partenariat entre le collectif FORMIN, RESF (Réseau Education Sans Frontière) et le CASNAV (Education Nationale) nous permet de débloquer ou d’accélérer certaines situations. 

Les hébergeant.es ne doivent pas hésiter à prendre rdv au CIO dès qu’un jeune est reconnu mineur, ne doivent pas hésiter à nous contacter. L’éducation est un droit, c’est aussi un combat au quotidien qu’il faut mener avec les jeunes.

Fabienne Leconte, coordinatrice du collectif Formin.