Lettre ouverte à Monsieur le Préfet et à Monsieur le Président du Département de la Seine-Maritime.

Rouen, le 16/10/2020

Messieurs,

Nous souhaiterions avoir des explications sur la manière dont vous comptez faire respecter les nouvelles mesures annoncées par le Président de la République, notamment sur le couvre-feu à partir de 21H qui nous est imposé sur la Métropole rouennaise à partir du samedi 17 octobre 2020.

Que faites-vous de tou.te.s ces mineur.e.s isolé.e.s qui dorment actuellement sous les ponts de Rouen, en attente de leur prise en charge par les services de l’aide sociale à l’enfance ?

Leurs situations :

En attente de leur rendez-vous d’évaluation par le service du SEMNA, refusé.e.s dans leur minorité sur des raisons infondées et très majoritairement placé.e.s plus tard dans vos services par le juge des enfants, reconnu.e.s mineur.e.s, mais toujours pas pris.es en charge par les services de l’Aide Sociale à l’Enfance, mis.e.s à la rue pour cause d’appel en justice par le Département (parfois même sur sa propre décision de prise en charge).

Jeunes majeur.e.s, sorti.e.s de l’A.S.E sans solution au regard des délais de traitement administratif, pour elles et eux, ni les services de la Préfecture, ni ceux du Département , ne pensent être responsables de leur hébergement d’urgence.

A cette situation des MNA, il faut ajouter celles des familles, des femmes seules avec enfants, des hommes seuls qui se retrouvent sorti.e.s des CADAS sans aucune proposition de mise à l’abri et qui doivent dormir dans la rue ou se réfugier dans des abris de fortune. Ajouter aussi les 400 personnes devant potentiellement sortir de leur hébergement d’urgence suite à la réforme du PDALHPD mise en place par vos services et donc prochainement elles et eux aussi dans les rues ?

Mais aussi ces familles laissées sans solution pendant des mois pour non respect des délais administratifs du traitement de leur dossier.

Ces demandeur.se.s d’asile toujours dans l’attente d’un CADA depuis des mois. Seulement 50% de l’offre de l’OFII permet l’hébergement de ces personnes et au moins une dizaine de primo-arrivant.e.s dorment en plus chaque jour dans les rues de la Métropole,

Ces personnes en procédure Dublin, elles aussi sans solution d’hébergement, Et enfin plus largement toutes celles et ceux qui sont les grand.e.s oublié.e.s des mesures prises dans cette crise sanitaire.

A la veille de la journée mondiale du refus de la misère du samedi 17 octobre est-il besoin de rappeler que le respect de la dignité des personnes implique en premier lieu de leur offrir un toit, un lieu où elles puissent s’abriter, se poser, se reposer, reprendre pied sans être contraintes à l’errance.

Il nous semble donc nécessaire que l’appel à la responsabilité demandé par le Président de la République soit entendu par tou.te.s et en premier lieu par les services de l’État. La responsabilité de la propagation du virus ne saurait être imputable à quelques réunions entre ami.e.s, ou encore à des lieux de culture et de loisirs ; quand une véritable politique de maintien à la rue touche les plus fragiles et les enferme un peu plus dans la précarité.

Pour répondre à cet appel nous vous demandons instamment d’ouvrir les structures nécessaires à la mise à l’abri de toutes ces personnes pour toute la durée du couvre feu et de la période hivernale. A circonstances exceptionnelles mesures exceptionnelles.

Signataires :

Le Réseau de Solidarité avec les Migrant.e.s Rouen (RSM), la LDH Rouen, Médecins du Monde Normandie, La Pastorale des Migrants Rouen, Alternatiba Rouen, RESF Rouen, ASTI Petit-Quevilly, Cimade Rouen, Laisse Bien Ta Gaieté, et toutes celles et ceux victimes de vos politiques…